Ciné-ClubCiné-club de Thierry JousseDu : dimanche 1 février 2026 à 18:00 • Au : dimanche 28 juin 2026

Édito de Thierry Jousse
Janvier 2026 correspond au centenaire d'un grand cinéaste, dont le nom n'est pas as-sez connu en France, l'Égyptien Youssef Chahine. C'est donc fort logiquement que nous reprendrons les séances du Ciné-Club avec un cycle de quatre films qui lui sera consacré. Chahine a débuté sa très longue carrière au début des années 1950, à l'époque où le cinéma égyptien était très productif, mais c'est avec un de ses chefs-d'œuvre, Gare centrale (1958), qu'il s'est véritablement imposé comme un maître. Nous débuterons donc l'année 2026 avec ce film lyrique et puissant, dans lequel Youssef Chahine, dans le rôle de Kenaoui, le vagabond boiteux, fait une composition saisissante. Sa maîtrise de la mise en scène est dès lors incontestable et le cinéaste va s'émanciper du cinéma des studios du Caire pour aller vers sa propre modernité, notamment dans La Terre (1969), grand film historique et politique, qui sera le deuxième du cycle. À la fin des années 1970, Chahine réalise Alexandrie pourquoi ? (1978), film totalement autobiographique. Pour la première fois dans le monde arabe, un cinéaste s'exprime à la pre-mière personne et c'est une petite révolution. Il poursuivra cette entreprise unique, avec Alexandrie encore et toujours (1990), étourdissant autoportrait contemporain, bourré de fantaisie, qui clôturera ce cycle.
Après Youssef Chahine, ça sera au tour d'Akira Kurosawa de faire l'objet du cycle suivant. J'ai choisi d'orienter cette mini-rétrospective vers les décennies 1960-70, périodes moins célébrées que les précédentes. Au programme, quatre films importants, parmi lesquelles deux films noirs de haute volée, Les Salauds dorment en paix(1960) et Entre le ciel et l'enfer (1963), tous deux très prisés par les ténors américains du Nouvel Hollywood. S'ajouteront, Yojimbo (1961), grand classique du chambara, le film de sabre japonais, qui a exercé une influence très directe sur les premiers westerns de Sergio Leone, et dans un registre radicalement différent, le très beau Dersou Ouzala (1975), film en partie soviétique tourné en pleine taïga sibérienne. Une aventure inoubliable !
Claude Chabrol sera présent pendant tout le mois de mars avec six films qui appartiennent à sa plus grande période, située entre la fin des années 1960 et la première moitié de la décennie 1970, une époque bénie pendant laquelle il travaillait pour le producteur André Génovès. Les six films en question ont également en commun une actrice et des acteurs exceptionnels. La fascinante Stéphane Audran, présente dans 5 des 6 films, a pour partenaires Michel Bouquet, Jean Yanne, Jean-Pierre Cassel, François Périer, Michel Piccoli ou encore Claude Pieplu, tous exceptionnels devant la caméra de Chabrol. De La Femme infidèle (1968) aux Noces rouges (1973), en passant par Que la bête meure (1969), Le Boucher (1970), le très grinçant La Rupture (1970) ou encore le méconnu Juste avant la nuit (1971), un des sommets du cinéaste, c'est à un véritable feu d'artifice que nous aurons droit. Voir ou revoir ces 6 films enfin restaurés sera assurément l'occasion de s'apercevoir que Claude Chabrol en son âge d'or était un des plus grands cinéastes français, un maître du mystère et de l'opacité, puissant analyste de la société pompidolienne, doté d'un humour légendaire.
L'enfance sera à l'honneur pour le quatrième cycle du premier semestre 2026. Cinq films, dont certains peu connus, seront ainsi sous les feux de la rampe, à commencer par Bonjour de Ozu. Puis, c'est Ken Loach qui lui succédera avec son deuxième long-métrage, le déchirant Kes (1969), là encore très loin de l'œuvre que le cinéaste a construit ensuite. Nous aurons également la chance de découvrir deux films rares et magnifiques, longtemps invisibles et enfin restaurés, Le Sud (1982), deuxième long-métrage du grand cinéaste espagnol Victor Erice, ainsi que Un été chez grand-père (1986) du Taïwanais Hou Hsiao-hsien, véritable poème impressionniste. Nous achèverons cette remontée en enfance avec un autre film venu d'Asie, plus précisément du Japon, le superbe Déménagement (1993) de Shinji Somaï qui nous fera découvrir comment une petite fille fait face, entre cruauté et poésie, à la séparation de ses parents.
Enfin, quelques semaines avant l'été, nous aurons le grand plaisir de passer les dernières séances de ce premier semestre avec un grand cinéaste américain, toujours en activité, Francis Coppola. À la faveur de nouvelles restaurations en copie neuve, ça sera l'occasion de revisiter, en 6 films, une œuvre majeure du Nouvel Hollywood des 70's, qui continue à étinceler dans les années 1980. Nous débuterons avec le plus rare, Les Gens de la pluie (1969), œuvre de jeunesse très émouvante, avec un James Caan, déjà extraordinaire. S'enchaîneront ensuite une série de films plus célèbres qui montrent la diversité d'inspiration de Coppola, cinéaste d'une extrême ambition mais capable également d'œuvrer dans des registres plus intimes. À l'affiche ensuite, deux Palmes d'or incontestés, Conversation secrète (1974), grand film paranoïaque, et bien sûr le monumental Apocalypse Now (1979), qu'il est bon de redécouvrir sur grand écran. Pour terminer, il sera temps de faire un tour dans les années 1980, avec le film musical Coup de cœur (1982), injuste échec commercial qu'il faut absolument revoir, ne serait-ce que pour la très belle B.O. de Tom Waits, le teen movie Outsiders (1983), où l'émotion est à fleur de peau, et le réjouissant Tucker (1988), parfait pour boucler ce programme bien rempli.
Je vous souhaite de très belles séances de cinéma au Nouvel Odéon.
Thierry Jousse
